Numérique : la sobriété s’impose

17/06/2020

La transformation numérique de la société et des entreprises s’est vue considérablement accélérée par la pandémie que le monde traverse, en permettant notamment la continuité du travail et la préservation des liens sociaux.
Levier de développement économique et social, la transition numérique est davantage perçue comme un moyen de réduire la consommation d’énergie alors que ses impacts environnementaux directs et indirects sont systématiquement sous-estimés.

 

Oui au digital en première ligne face à l’urgence sanitaire,
mais oui surtout à une nouvelle ère digitale responsable…

L’empreinte énergétique directe, incluant l’énergie de fabrication et d’utilisation des équipements (serveurs, réseaux, terminaux), est en progression rapide de 9 % par an. Le Shift Project, think tank oeuvrant en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone, précise dans un rapport publié en octobre 2018 avec le CIGREF (1) que l’intensité énergétique de l’industrie numérique augmente de 4 % par an alors que l’intensité énergétique du PIB mondial décroît actuellement de 1,8 % chaque année.

Hugues Ferreboeuf, l’auteur du rapport, estime que « la transition numérique telle qu’elle est actuellement mise en oeuvre participe au dérèglement climatique plus qu’elle n’aide à le prévenir ».

 

Les principaux responsables de cette inflation énergétique dans le numérique sont bien identifiés :

  • Explosion des usages vidéo, qui capte une part de plus en plus importante de l’électricité disponible
  • Multiplication et renouvellement des périphériques numériques, dont la production nécessite des métaux rares, également indispensables aux technologies énergétiques bas carbone, alors que leur disponibilité est d’ores et déjà compromise.

 

Le bilan carbone de la transition numérique est lourd

Sa part dans les émissions de gaz à effet de serre a augmenté de moitié depuis 2013, passant de 2,5 % à 3,7 % du total des émissions mondiales. Hugues Ferreboeuf ajoute même que « les évolutions actuelles des impacts environnementaux du numérique vont à l’encontre des objectifs de découplage énergétique et climatique du PIB fixés par l’Accord de Paris sur le climat signé en 2015 ».

Le CIGREF, qui regroupe près de 150 grandes entreprises et organismes français utilisateurs de solutions et services numériques, estime ainsi que la consommation énergétique mondiale du numérique passera de 3 % environ en 2018 (niveau identique à celui du transport aérien) à environ 7 % en 2025 (niveau des émissions automobiles).

 

Une consommation numérique géographiquement hétérogène en 2018 :

  • un Américain possédait en moyenne près de 10 périphériques numériques connectés et consommait 140 Go de données par mois.
  • un Indien possédait en moyenne un seul périphérique et consommait 2 Go par mois.

 

Favoriser la prise de conscience des citoyens

Difficile d’échapper aux débats sur le réchauffement climatique et l’avenir de la planète, pour les citoyens comme pour les entreprises. Les perspectives d’avenir vont inévitablement renforcer les inquiétudes et les exigences des citoyens envers les acteurs économiques. Les évolutions réglementaires et les normes environnementales vont devenir plus sévères. Il s’agit donc bien de responsabiliser les comportements de tous les acteurs.

En avril 2018, The Shift Project présentait le rapport « Lean ICT : pour une sobriété numérique », formulant plusieurs préconisations pour les grandes organisations :

  • améliorer la prise de conscience de l’impact environnemental du numérique
  • adopter le concept de sobriété numérique comme principe d’action de la transformation numérique, notamment en termes d’usage de la vidéo, de contrôle des copies numériques, de renouvellement des équipements d’infrastructure et des terminaux, mais également de prise en compte du bilan carbone des projets numériques parmi les critères d’arbitrage
  • intégrer des critères énergétiques et environnementaux dans les appels d’offre des grands donneurs d’ordre.

Pour Hugues Ferreboeuf, la sobriété numérique est « une approche lean, qui est aussi source d’efficacité (énergétique, humaine, financière) pour les organisations. Son principe étend au niveau sociétal la prise en compte des objectifs poursuivis par les approches techniques de type Green IT destinées prioritairement aux Directions des systèmes informatiques (DSI) ».

La mise en oeuvre de ces principes de sobriété numérique contiendrait l’explosion en cours de l’empreinte environnementale du numérique sans remettre en cause le principe même de la transition numérique ; et ramènerait l’augmentation de consommation d’énergie du numérique à 1,5 % – soit un niveau similaire à la tendance globale tous secteurs confondus.

Dans le scénario 2018-2025, Sobriety, présentée par The Shift Project, le volume de données échangées continue de croître, et le nombre de smartphones et téléviseurs produits chaque année se stabilise au niveau de 2017 – alors que les marchés des pays développés sont déjà aujourd’hui proches de la saturation.

 

Interroger nos comportements

Le rôle des organisations publiques et privées est aujourd’hui prépondérant pour assurer une transition numérique aussi responsable que possible, en mesurant par exemple l’impact environnemental de leurs choix en matière numérique ou en prévoyant le bilan carbone de leurs grands projets numériques.

« Il est nécessaire de retrouver une capacité individuelle et collective à interroger l’utilité sociale et économique de nos comportements d’achat et de consommation d’objets et de services numériques, poursuit Hugues Ferreboeuf. La sobriété numérique doit être adoptée comme un principe d’action. La pression de l’offre (GAFAM, BATX (2) et les attentes de croissance du PIB associées à la numérisation ne peuvent servir de seuls juges dans la sélection des projets numériques.

Les entreprises ont un rôle clé à jouer, et beaucoup à gagner, 
notamment la poursuite durable de leur transition numérique et la limitation des coûts. »

 


ALTEN s’engage

Des infrastructures et équipements numériques moins énergivores

 

  • En France, ALTEN sécurise ses infrastructures via la mise en place de deux data centers physiquement séparés, gérés par un fournisseur certifié ISO 14001.
  • Les serveurs d’ALTEN Pays-Bas sont hébergés dans des data centers écologiques mettant en oeuvre une technologie de convection liquide et naturelle pour le refroidissement. Ce système permet une réduction de l’empreinte énergétique de 50 %.
  • Afin de limiter la quantité de données stockées sur les réseaux, ALTEN met à disposition des collaborateurs des outils digitaux tels que les outils Skype for Business ou SharePoint. En parallèle, la consommation d’énergie des systèmes non productifs a été étudiée et optimisée.
  • Enfin, le choix d’ALTEN se porte vers des équipements informatiques économes en énergie : ainsi en France, 100 % des ordinateurs et des écrans sont certifiés Energy Star pour les collaborateurs des fonctions support et des équipes commerciales.

 

Découvrez la suite du dossier consacré à la transition numérique avec l’article suivant :
Le green code : un code mieux conçu, donc moins polluant

Retrouvez l’intégralité de la 7e édition de la revue ALTEN Eurêka,
consacrée à la place de l’ingénierie dans la stratégie zéro carbone.


(1) The Shift Project. « Pour une sobriété numérique » : le nouveau rapport du Shift sur l’impact environnemental du numérique
(2) GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) – BATX (Baidu, Alibaba, Tencent Xiaomi)

 

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