Transformer la formation en levier stratégique
Dans un contexte de mutations technologiques accélérées et de tensions sur le marché du travail, la formation professionnelle devient un enjeu de compétitivité et d’attractivité. Anne-Sophie Dréan, head of learning de l’université de formation Amplify d’ALTEN, partage la vision d’ALTEN pour faire de l’apprentissage continu un véritable parcours de vie professionnelle.
548 100
heures de formation dispensées
9,5
heures de formation en moyenne par collaborateurs
Le marché de la formation connaît une dynamique sans précédent. Comment ALTEN se positionne-t-il face à cette évolution ?
Le marché offre aujourd’hui une richesse exceptionnelle de dispositifs et de financements. Mais cette abondance cache un paradoxe : comment transformer cette multiplicité d’options en véritables leviers de développement ? Notre conviction est claire : il faut dépasser la logique du catalogue. Proposer une liste de formations et laisser le collaborateur naviguer seul ne suffit plus.
Nous construisons désormais des parcours structurés, multimodaux, qui permettent à chacun de se projeter durablement dans l’entreprise. Mon rôle consiste précisément à créer ce pont entre la stratégie business d’ALTEN et les aspirations professionnelles de nos collaborateurs.
Comment concilier personnalisation des parcours et efficacité opérationnelle à grande échelle ?
C’est toute la subtilité de notre approche. Nous créons une dynamique collective forte, notamment à travers notre programme Amplify qui structure des promotions d’apprenants. Mais au sein de ces cohortes, chaque parcours s’individualise pour créer ce que j’appelle une « tension positive » : un défi stimulant, adapté au niveau de chacun.
Cette alchimie ne peut fonctionner sans l’engagement des managers de terrain. Ce sont eux qui incarnent et font vivre les compétences acquises au-delà du campus de formation. L’apprentissage ne s’arrête pas à la salle de classe : il se déploie dans le quotidien opérationnel.
L’IA transforme de nombreux secteurs. Quel impact a-t-elle sur vos méthodes pédagogiques ?
L’IA est un formidable accélérateur, particulièrement pour la conception de contenus et la traduction instantanée en plusieurs langues. Elle nous permet de gagner en agilité et en rapidité de déploiement.
Mais nous touchons rapidement ses limites. Nos apprenants sont unanimes : ils privilégient les modules portés par des humains, qu’il s’agisse de managers ou de directeurs. Pourquoi ? Parce que l’apprentissage est avant tout une aventure relationnelle. L’incarnation, l’authenticité, la transmission d’expérience : voilà ce que l’IA ne peut simuler. La communauté apprenante et l’interaction humaine demeurent au cœur de notre approche pédagogique.
Dans un contexte de pénurie de talents, la formation peut-elle vraiment faire la différence ?
Non seulement elle le peut, mais elle le doit. Une entreprise dotée d’une académie interne forte envoie un signal puissant au marché : nous investissons dans nos talents. C’est un levier d’attractivité majeur, particulièrement auprès des jeunes générations qui placent le développement professionnel au centre de leurs critères de choix.
Au-delà de l’attractivité, la formation résout un problème concret : elle nous permet de rendre éligibles des candidats qui n’ont pas nécessairement le diplôme initialement requis. En mobilisant intelligemment les financements disponibles, nous formons des profils à des compétences spécifiques pour répondre aux pénuries réelles du marché.
Comment ALTEN évalue-t-il le retour sur investissement de ses programmes de formation ?
Nous appliquons l’échelle de Kirkpatrick dans toute sa profondeur. Beaucoup d’entreprises s’arrêtent au niveau 1, celui de la satisfaction à chaud. Chez ALTEN, nous visons les niveaux supérieurs.
Le niveau 3 mesure la transformation comportementale réelle : les compétences acquises se traduisent-elles en nouvelles pratiques opérationnelles ? Le niveau 4 évalue l’impact direct sur le business et la croissance. Pour garantir cette mise en pratique, nous expérimentons même le « nudging » : des formulaires envoient des rappels d’actions concrètes aux apprenants pendant plusieurs semaines après leur formation. L’objectif ? Ancrer durablement les apprentissages dans le quotidien professionnel.
Quel message adressez-vous aux collaborateurs qui souhaitent piloter activement leur évolution professionnelle ?
Soyez acteurs, pas spectateurs de votre parcours. Un diplôme n’est plus un passeport pour toute une carrière. L’époque où une qualification initiale suffisait pour trente ans est révolue.
Les outils existent. N’attendez pas qu’on vienne vous chercher : frappez aux portes, exprimez vos aspirations. Les compétences déterminantes de demain seront l’esprit critique, la créativité, la capacité d’analyse et le leadership. Ces soft skills ne s’acquièrent pas en un clic : elles se cultivent dans la durée. Face aux mutations technologiques qui s’accélèrent, l’apprentissage continu n’est pas une option. C’est la seule garantie d’évoluer au rythme du monde qui nous entoure.
