Urgence climatique… pas de temps à perdre !

15/01/2020

Le rapport 2018 du GIEC qui plaide en faveur d’un réchauffement climatique limité à 1,5° est sans équivoque : chaque demi-degré compte et il faut agir tout de suite.

12 DÉCEMBRE 2015 : 195 pays présents à Paris pour la COP21 signent un accord international pour contenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C et réduire les gaz à effet de serre.
3 NOVEMBRE 2019 : 20 millions de personnes à New Delhi sont plongées dans un irrespirable et si épais brouillard de pollution que des avions sont déroutés vers des aéroports voisins. Dans la capitale indienne, on observe ce jour-là une concentration de 810 microgrammes de particules fines PM2,5 par mètre cube d’air, soit un taux plus de trente-deux fois supérieur aux recommandations de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) !

 

Une question de vie ou de mort

L’Inde préfigure-t-elle l’avenir de la planète ? Comment infléchir la destinée de l’humanité ? Quels sont nos leviers d’action ?
Autant de questions chaque jour plus pressantes, alors que les éléments à charge s’accumulent : une étude récente publiée par l’European Society of Cardiology (1) et portant sur l’année 2015 révélait qu’en Europe, les particules fines et l’ozone feraient beaucoup plus de victimes que précédemment estimé : près de 800 000 personnes par an. Mondialement, on compterait 8,8 millions de décès supplémentaires.

« Cela signifie que la pollution de l’air fait plus de morts par an que le fait de fumer du tabac », constate le professeur Thomas Münzel, co-auteur de l’étude. « Dans la mesure où la plupart des particules fines et des autres polluants de l’air en Europe proviennent de la combustion des énergies fossiles, il est urgent de passer à d’autres sources d’énergie », plaide son collègue le Pr. Lelieveld.

 

Vers une nouvelle révolution industrielle

Pourtant, le pétrole, devenu depuis les années 1950 la première source d’énergie dans le monde, satisfait encore plus de 30 % des besoins énergétiques. Il reste, de très très loin, la matière première des carburants pour le transport et est omniprésent dans l’industrie de la pétrochimie, même si son déclin est inéluctable en raison de l’appauvrissement des gisements.

Selon l’essayiste et économiste américain Jeremy Rifkin (2) : « La civilisation des carburants fossiles, qui est à la base des deux premières révolutions industrielles, s’effondre en temps réel et ce sont les gouvernements qui doivent créer l’infrastructure pour la révolution industrielle du XXIe siècle ».
Il plaide pour que les États créent des banques écologiquement vertueuses et que les Régions mettent sur pied leurs propres banques pour émettre des obligations vertes « afin de séduire les fonds d’investissements recherchant des rendements stables et à long terme ». Car la décarbonation est un impératif absolu si nous souhaitons que notre planète, et l’humanité, aient un avenir.

 

Une prise de conscience mondiale…

Les temps ont bien changé depuis 1979, où le volcanologue Haroun Tazieff ne rencontrait que mépris et amusement en prédisant l’effet de serre à venir.
Depuis l’Accord de Paris sur le climat en 2015, presque tous les pays de la planète se sont engagés à agir pour contenir le réchauffement climatique.

« C’est une certitude pour tout le monde que ce sont nos activités (les combustibles fossiles, la déforestation, l’agriculture, l’industrie ou encore la fabrication du ciment) qui contribuent à l’augmentation du gaz carbonique et du méthane (deux principaux gaz à effet de serre) et donc au réchauffement climatique », expliquait sur France Culture en octobre dernier Jean Jouzel, grand climatologue et glaciologue, qui fut Vice-Président du Conseil scientifique du GIEC (Groupement International des Experts sur le Climat).

 

…Mais des résultats à la traîne

Accord de paris

Pourtant, la mise en oeuvre de l’Accord de Paris s’avère difficile. Les États s’étaient engagés à programmer immédiatement la diminution de leurs émissions de CO2 (la Chine obtenant un report pour après 2025) mais on constate aujourd’hui qu’ils sont nombreux à être en retard sur la voie de la transition énergétique qui implique une sortie des énergies carbonées fossiles, notamment du charbon.

CO2Or, alerte Jean Jouzel, « si l’on veut contenir le réchauffement autour de 2°C, il y a urgence à agir, de manière extrêmement volontariste, et sur tous les leviers dont nous disposons ».

Malgré les constats indéniables, de nombreuses questions restent en suspens sur les solutions à mettre en place, les avis des experts divergent, de nombreux dirigeants politiques traînent encore des pieds, et les citoyens sont souvent mal informés.
Ainsi un sondage BVA en juin 2019 révélait que 69 % des Français pensent que le nucléaire participe à la production de gaz à effet de serre. Or, rappelle Yves Bréchet, haut-commissaire à l’énergie atomique de 2012 à 2018, dans Le Point (3), « le nucléaire rejette 200 fois moins de dioxyde de carbone que le charbon, 100 fois moins que le gaz, et l’équivalent de l’éolien. Même le GIEC a rappelé, dans son rapport de 2018, qu’on ne fera pas l’économie du nucléaire ».

Mettre fin en moins de 40 ans aux émissions nettes de CO2 représente un challenge mondial majeur ; mais un certain nombre d’experts s’accordent à dire que c’est techniquement réalisable et à un coût acceptable. À condition, comme le souligne Pierre Papon, ex-Directeur Général du CNRS dans son blog (4), de comprendre que « la transition énergétique est un objet à 3 dimensions – scientifique, industrielle et socio-économique. Celles-ci doivent être prises en compte en même temps et de façon cohérente ».

« 2015 marque un tournant où soudain tout le monde a compris qu’il fallait agir vite. Les actions menées par Greta Thunberg et une partie de la jeunesse mondiale ont un effet boule de neige. Soudain, tout le monde, ou presque, se sent concerné. Et c’est une bonne chose ».
Dominique LECOCQ -VP Ecosystems & Communications chez Air Liquide Hydrogen Energy World Business Line

 

> Retrouvez l’article suivant sur le même thème : « Urgence climatique : agir oui mais comment ? »

 


(1) European Heart Journal. Cardiovascular disease burden from ambient air pollution in Europe reassessed using novel hazard ratio functions

(2) Jeremy Rifkin, L’économie hydrogène, après la fin du pétrole, la nouvelle révolution économique, Paris, La Découverte, 2002.
(3) Le Point. Réchauffement : les Français accusent le nucléaire
(4) Blog de Pierre Papon. La transition énergétique dans les turbulences politiques

 

Retrouvez l’intégralité de la 7e édition de la revue ALTEN Eurêka,
consacrée à la place de l’ingénierie dans la stratégie zéro carbone.

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