Comment l’IoT transforme les opérations dans l’industrie pharmaceutique réglementée - ALTEN Group

LIFE SCIENCES

Comment l’IoT transforme les opérations dans l’industrie pharmaceutique réglementée

L’industrie pharmaceutique s’appuie depuis longtemps sur des systèmes d’automatisation fiables pour assurer le contrôle de ses procédés les plus critiques. Pour Paulo Freire, Automation Project Manager chez ALTEN Portugal, le véritable potentiel de création de valeur réside désormais dans la combinaison des données de procédé avec une vision plus détaillée de la performance et de la fiabilité des équipements.


Avec plus de dix ans d’expérience en automatisation industrielle dans les secteurs de l’automobile, de la logistique et, plus récemment, des Life Sciences, Paulo a été témoin de l’impact des technologies connectées sur la transformation des environnements de production. Si l’IoT est déjà largement adopté dans de nombreuses industries, il estime que le secteur pharmaceutique n’en est encore qu’aux prémices de son plein potentiel.

Donner la parole aux équipements

Traditionnellement, les systèmes d’automatisation de l’industrie pharmaceutique surveillent des paramètres de procédé tels que la température, la pression, le débit ou encore le niveau. Essentielles à la maîtrise de la production, ces données offrent toutefois une visibilité limitée sur l’état réel des équipements.

C’est précisément là que l’IoT apporte une nouvelle dimension. En déployant des capteurs intelligents aux côtés des systèmes de contrôle existants, les industriels peuvent suivre des indicateurs liés à l’état des équipements, tels que les vibrations, les signaux acoustiques ou encore les fuites de produit. Ces données permettent de détecter les premiers signes de dégradation et d’intervenir avant qu’une panne ne survienne.

Pour Paulo, l’enjeu majeur réside dans le passage d’une approche réactive à une démarche prédictive, capable d’anticiper les problèmes avant qu’ils n’affectent les opérations. 

« En termes simples, l’intégration de l’IoT consiste à donner la parole aux équipements pour qu’ils puissent signaler eux-mêmes les premiers signes de défaillance. » -Paulo

Compléter les systèmes existants, non les remplacer

Paulo a pu constater que les technologies IoT sont particulièrement efficaces lorsqu’elles sont déployées en complément des architectures d’automatisation déjà en place.

« Les entreprises déploient les solutions IoT aux côtés de leurs systèmes de contrôle traditionnels », explique-t-il. « L’objectif n’est pas de les remplacer, mais de les enrichir avec de nouvelles capacités. »


Pour les industriels du secteur pharmaceutique, cette approche constitue une voie pragmatique vers la digitalisation. Au lieu de remplacer des systèmes déjà validés, l’IoT permet de valoriser les équipements existants grâce à des fonctionnalités complémentaires, telles que le suivi de l’état des équipements ou la maintenance prédictive.

Prenons l’exemple du monitoring continu des agitateurs. En analysant les vibrations et en détectant des comportements mécaniques anormaux, les fabricants peuvent intervenir avant qu’une défaillance ne vienne perturber la production.

« Pouvoir anticiper un arrêt d’équipement peut faire toute la différence. Lorsqu’un problème est détecté suffisamment tôt, il est possible d’éviter la perte d’un lot et de limiter des impacts opérationnels bien plus importants par la suite. »

Au-delà de la protection des lots à forte valeur ajoutée, l’intégration de l’IoT peut également générer des économies significatives. L’accès en temps réel aux données des équipements réduit la charge pesant sur les équipes de maintenance, facilite la planification des interventions et permet une allocation plus efficace des ressources, plutôt que de devoir réagir en permanence à des pannes imprévues.

L’innovation dans un environnement GMP

Les opportunités offertes par l’IoT sont nombreuses, mais leur mise en œuvre dans l’industrie pharmaceutique s’accompagne de contraintes que l’on retrouve moins fréquemment dans d’autres secteurs.

« Le principal défi réside dans le fait que nous évoluons dans un environnement hautement réglementé. »

Toute nouvelle technologie déployée au sein d’opérations GMP doit répondre à des exigences strictes en matière de validation, d’intégrité des données et de conformité aux référentiels du secteur, tels que le GAMP 5. Dans ce contexte, toute modification apportée à un système de contrôle déjà validé peut entraîner d’importants travaux de validation et de mise en conformité.

C’est pourquoi de nombreux industriels choisissent de déployer les solutions IoT sur des infrastructures parallèles, indépendantes des systèmes critiques soumis aux exigences GMP. Même dans ce cas de figure, la mise en œuvre reste encadrée par des procédures rigoureuses de gestion du changement.

Pour Paulo, la réglementation ne doit toutefois pas être perçue comme un frein à l’innovation. Elle constitue plutôt le cadre dans lequel celle-ci doit s’inscrire.

« Le secteur pharmaceutique dispose encore d’un formidable potentiel pour tirer parti de cette approche. D’autres industries ont déjà démontré toute la valeur qui peut être créée lorsque les données des équipements sont exploitées de manière plus efficace. »

Pourquoi l’edge computing est essentiel

L’une des idées reçues les plus répandues autour de l’Industrie 4.0 consiste à penser que l’ensemble des données de production doit être envoyé directement vers le cloud. Or, dans les environnements industriels où les équipements génèrent d’importants volumes de données en temps réel, cette approche peut entraîner des problèmes de latence, de saturation des réseaux ou encore soulever des enjeux liés à la sécurité des données. « Dans les environnements de production à haute cadence, cette approche peut rapidement créer des contraintes en matière de performance réseau, de réactivité et de cybersécurité » explique Paulo.

Il privilégie plutôt une approche fondée sur l’edge computing, dans laquelle les données sont filtrées, nettoyées et analysées au plus près des équipements avant que seules les informations les plus pertinentes ne soient transmises aux systèmes de niveau supérieur.


« La valeur doit être créée là où les données sont produites. Il faut avancer progressivement, étape par étape, avant de passer à l’échelle. »


Pour les industriels souhaitant accélérer l’adoption de l’IoT, cette approche offre plusieurs avantages : un accès plus rapide aux informations exploitables, une réduction des besoins en infrastructures et une meilleure maîtrise des flux de données industriels.

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