Pour une énergie bas carbone : agir sur tous les fronts

17/03/2020

L’heure de la transition énergétique a sonné » : tel est l’un des enseignements à tirer de la pandémie que le monde traverse actuellement, qui a bel et bien renforcé le lien entre état de la santé et état de l’environnement. Atteindre une énergie zéro carbone doit ainsi être au cœur de nos préoccupations, pour les mois et les années à venir. Il reste certes du chemin à parcourir, mais des premières pistes émergent déjà.

La France se félicite d’ailleurs d’avoir produit, en 2018, 86% d’électricité décarbonée. Si l’on ne peut que se réjouir d’un tel résultat, attention toutefois de ne pas confondre énergie avec électricité. Car celle-ci ne représente qu’un quart de la consommation d’énergie globale en France, alors que charbon, pétrole et gaz naturel représentent 67 % du mix énergétique, le solde étant fourni par la biomasse, la combustion des déchets et la cogénération.

Le dynamisme des marchés émergents, Chine et Inde en tête, tire la demande énergétique mondiale vers le haut. Elle a augmenté de 2,3 % en 2018, entraînant une hausse de 1,7 % des émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie par rapport à l’année précédente. Cette tendance va à l’encontre des objectifs clairement définis de l’Accord de Paris sur le changement climatique (1), surtout si l’on considère que les combustibles fossiles ont représenté près de 70 % de cette croissance. Le Directeur Exécutif de l’Agence Internationale de l’Energie, Fatih Birol, prévient :

« Il est urgent d’agir sur tous les fronts : développer toutes les solutions d’énergies propres, réduire les émissions, améliorer l’efficacité énergétique et stimuler les investissements et l’innovation, notamment dans le captage, l’utilisation et le stockage du carbone ».

Fatih Birol, le Directeur Exécutif de l’Agence Internationale de l’Energie

 

Le charbon, première énergie consommée dans le monde

Si les énergies renouvelables progressent rapidement, elles ne suffisent pas à répondre à la demande d’électricité dans le monde. La consommation de charbon est en forte hausse, provenant essentiellement d’un parc récent de centrales à charbon dans les pays d’Asie, mis en place pour satisfaire à la nécessité énergétique de cette zone en plein développement économique. A contrario, dans les pays développés, et aux États-Unis en particulier, les mines de charbon ferment les unes après les autres (289 depuis 2010) : « L’industrie du charbon se précipite vers la sortie, car économiquement, le charbon n’a plus de sens, a déclaré à l’AFP Jonathan Levenshus, de l’organisation écologiste Sierra Club. Le charbon est devenu depuis les années 2010 plus coûteux à exploiter que le gaz naturel, qui connaît, lui, une forte croissance ».

Les compagnies pétrolières font également le ménage pour rendre leur combustible plus propre en s’attaquant à la réduction des fuites de méthane, à la limitation du brûlage du gaz excédentaire, ou encore à l’amélioration de l’efficacité énergétique des installations. Au Texas, la compagnie pétrolière Occidental travaille sur un autre concept : une centrale de capture directe du carbone du ciel, pour l’injecter dans le sous-sol texan et doper la production de pétrole.

 

Vers une électrification générale

L’électricité dans la consommation globale d’énergie devrait en effet passer de 20 % environ à plus du tiers d’ici 2050. Elle trouvera très probablement son origine dans les énergies renouvelables et le nucléaire. Mais cette perspective fait débat.
D’une part, parce que les promoteurs d’une énergie majoritairement renouvelable se heurtent au problème majeur du stockage, crucial pour pouvoir compter sur cette ressource par essence irrégulière et aléatoire. En 2002, l’économiste américain Jeremy Rifkin estimait la fin du pétrole imminente et prophétisait que l’hydrogène prendrait sa place en tant que vecteur énergétique, malgré sa dangerosité (2). Son hypothèse audacieuse pourrait prendre corps car l’hydrogène permet de stocker l’électricité d’origine éolienne et solaire. L’ADEME, pour sa part, confirme que la filière hydrogène apporterait des solutions de flexibilité et d’optimisation aux réseaux énergétiques (3).

Quant au nucléaire, il est l’objet d’un combat idéologique. « Mais on ne voit pas comment se passer du nucléaire si on supprime les énergies fossiles émettrices de CO2, constate Stéphane Ougier, Directeur Exécutif ALTEN. Les Allemands, qui en ont fait un enjeu politique, se retrouvent avec une énergie au charbon très polluante.
En France, on voit bien l’embarras du gouvernement sur la question. Le lobby pro-nucléaire est très fort mais l’équation est complexe. Pour l’instant, on n’a pas démontré que les énergies renouvelables soient une alternative crédible dans les proportions d’énergie souhaitées. Il y a bien l’éolien de mer qui offre des perspectives de production intéressantes, mais il est soumis à une très forte corrosion, ce qui entraîne de lourdes et fréquentes interventions de maintenance. Le rendement est élevé mais coûte beaucoup plus cher que le nucléaire. Alors que décide-t-on ? Est-ce qu’on s’engage dans les réacteurs de nouvelle génération ? Est-ce qu’on continue d’investir en R&D dans le nucléaire ? Et si on limite le nucléaire, qu’advient-il de l’indépendance énergétique du pays ? »

Et Stéphane Ougier de faire le parallèle avec la Chine : « En Chine, des décisions sont prises. Le pays s’engage fortement et à marche forcée : il opère une bascule vers la propulsion électrique. Les Chinois sautent des étapes, ils construisent des usines de plusieurs kilomètres de long pour produire des batteries. Ils mettent toute la puissance du pays sur l’électrique. »

Parmi les initiatives favorisant une énergie vertueuse, on travaille aussi à “verdir” le gaz : dans la stratégie de neutralité carbone de l’Union européenne à l’horizon 2050, le biométhane (gaz renouvelable) d’origine biologique et non fossile et ayant subi une étape d’épuration diminuerait le recours au gaz fossile. Son utilisation comme carburant dans les transports réduirait fortement les émissions de polluants et de CO2 dans ce secteur.

 

“Verdir” aussi les infrastructures

Il faut malgré tout se rendre à l’évidence : les installations d’énergies décarbonées produisent elles-aussi du CO2. Dans le cycle de vie des infrastructures nucléaires par exemple, l’entretien et le démantèlement des centrales, tout comme l’extraction et la préparation des minerais, consomment de l’énergie issue du pétrole. De la même manière, la fabrication et l’entretien des éoliennes ou des panneaux solaires induisent des émissions. Dominique Lecocq, VP Ecosystems & Communications chez Air Liquide Hydrogen Energy World Business Line, est bien consciente qu’il faut aussi « faire évoluer la production de l’hydrogène vers du bas carbone ».

« La décarbonation est un gigantesque chantier pour l’humanité car nous n’avons pas le choix. Et nous y arriverons ! Ce n’est pas mission impossible. »

Mark Smidt, dirigeant de la société néerlandaise Heliox,
créatrice de solutions de recharge pour véhicules électriques

 

3 questions autour de l’Hydrogène posées à Dominique Lecocq – Air Liquide


(1) Limiter l’augmentation moyenne de la température mondiale au plus près de 1,5°C par rapport aux niveaux pré-industriels.
(2) Jeremy Rifkin, L’économie hydrogène, après la fin du pétrole, la nouvelle révolution économique, Paris, La Découverte – 2002
(3) Le vecteur hydrogène dans la transition énergétique, 2018 – Ademe.fr

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