Écoconduite : la fusion des données change la donne

12/04/2021

Anticiper son accélération et son freinage, utiliser le bon régime moteur… Ces changements de comportement de l’automobiliste réduisent jusqu’à 25% sa consommation de carburant. Cependant, sans entraînement régulier, il est difficile de maintenir ces habitudes. Heureusement, le développement des applications d’écoconduite connectées, associé à la fusion des données (véhicule, smartphone…) va permettre une pérennisation de ces comportements.

L’écoconduite ou conduite écosensible, combine trois idées : une conduite plus économique, plus écologique et aussi plus sûre. Ce concept montre des résultats prometteurs lorsqu’il est correctement appliqué mais son taux d’adoption trop faible montre que ce n’est pas si facile d’en respecter les règles. En effet, dans un rapport de ResearchGate, nous apprenons que 88% des interrogés cautionnent l’écoconduite, mais seulement 50% sont capables de donner plus d’un conseil valide. ALTEN, l’un des leaders mondiaux de l’ingénierie automobile, explore les solutions d’applications et de plateformes connectées pour démocratiser l’écoconduite.

 

Écoconduite : comment réduire sa consommation comme un hypermiler ?

Les hypermilers (ou hyper-kilométreurs) sont des enthousiastes de mécanique qui font tout pour atteindre une consommation minimale. Qu’ils soient économes, soucieux de l’environnement ou les deux, ils ont pour credo d’appliquer toutes les techniques existantes d’économies de carburant.

Un couple d’hypermilers britanniques a par exemple parcouru 15 000 km à bord d’une Peugeot 308 HDi 110. Sur la durée du trajet, ils ont consommé 3.1L/100km, soit 36% de moins que la consommation moyenne sur ce véhicule.

Wayne Gerdes, autre figure du mouvement et détenteur de plusieurs records du monde en termes d’hypermiling, a donné lors d’une interview trois des conseils les plus importants :

  1. Réguler sa vitesse.
  2. Ne pas faire la course jusqu’au prochain feu rouge, laisser quelqu’un d’autre la faire pour vous.
  3. Vérifier la pression des pneus et ne pas transporter de poids mort.

 

L’étude On The Road toward 2050 a montré que la consommation de carburant était directement lié au caractère « agressif » de la conduite.

La consommation d’une Ford Focus a été mesurée en ville en variant les comportements au volant.
Les résultats variaient entre 6 L/100 km et 18 L/100 km, soit un écart de 300%, comme le montre le graphique ci-dessous.

Lien entre le facteur d'agressivité (inversement proportionnel au caractère écosensible de la conduite) et la consommation de carburant, source : <a href="http://web.mit.edu/sloan-auto-lab/research/beforeh2/files/On-the-Road-toward-2050.pdf">On The Road Toward 2050</a>, "Opportunities for Changing Traveler and Driver Behavior"

Lien entre le facteur d’agressivité de la conduite et la consommation de carburant, source : On The Road Toward 2050, « Opportunities for Changing Traveler and Driver Behavior »

 

Pourquoi est-il difficile de pratiquer l’écoconduite au quotidien ?

Malgré des perspectives de résultats élevés et une prise de conscience écologique grandissante, l’écoconduite est encore trop peu démocratisée. Cela est surtout dû à un manque de connaissance ou d’entraînement des conducteurs.

Même si certains principes de l’écoconduite sont naturels, d’autres sont plus difficiles à appliquer de manière optimale ou trop peu connus du public.

Une étude de l’autorité en charge de la sécurité de la route en Allemagne  montre que les formations initiales sont un très bon moyen pour atteindre de bons résultats (25% d’économie de carburant en moyenne après la formation) mais que ces résultats s’estompent rapidement (réduits à 10% d’économie après un an).

Etude Henning (2008) sur les résultats des formations écoconduite initiales

Etude Henning (2008) sur les résultats des formations écoconduite initiales

Il est difficile pour un conducteur d’appliquer à la perfection l’ensemble des principes de l’écoconduite en gardant une conduite sûre. De plus, certaines de ces règles imposent des efforts de conduite supplémentaires ou allongent le temps de trajet. C’est pourquoi le taux d’adoption de l’écoconduite reste faible.

Les hypermilers sont des passionnés. Ils atteignent des résultats intéressants du fait de leurs efforts et de leur pratique régulière.
Mais n’est pas hypermiler qui veut ! A moins que…

 

Les applications connectées comme facilitateurs d’écoconduite

Les professionnels du secteur des transports routiers développent depuis quelques années des solutions plus efficaces que les formations écoconduite dites « initiales » : les applications écoconduite.

Pour appliquer cette conduite durable sur le long terme, il faut des rappels et conseils réguliers et une visualisation des résultats jour après jour. Coacher le conducteur via des applications connectées permet une modification durable de son comportement.

Ces applications écoconduite servent à optimiser le caractère économique, écologique et sécuritaire d’un trajet. Elles donnent des conseils, rappellent aux néophytes les habitudes à prendre et optimisent les résultats pour les plus confirmés. Elles permettraient notamment d’appliquer certaines règles inspirées de l’hypermiling sans même que le conducteur ne s’en rende compte.

Pour les constructeurs automobiles, l’implémentation d’une application écoconduite sur leur véhicule permettrait une sensibilisation de leurs consommateurs à l’écologie et une réduction de l’empreinte carbone de leur parc de véhicules. Ces deux effets sont très intéressants car les gouvernements européens imposent des réglementations écologiques de plus en plus strictes aux constructeurs. En 2020, 5 d’entre eux ont reçu une amende cumulée de 500M€ du fait des émissions carbonées excédentaires de leur flotte.

Exemple d'application écoconduite

Application Driving Eco2 installée nativement sur le tableau de bord des véhicules Renault

Il existe aujourd’hui différentes solutions d’aide à l’éconduite :

  • Les solutions intégrées aux véhicules comme le Driving Eco 2 de Renault. Ce dernier « note » les trajets du conducteur en fonction de 3 critères : l’anticipation, les accélérations et les changements de vitesse.
  • Les solutions sous forme de boitiers télématiques comme le MasterNaut. Grâce à des accéléromètres intégrés, le dispositif alerte le conducteur si les freinages ou démarrages deviennent trop brusques.
  • Les applications pour smartphone comme le Geco Air. L’application calcule précisément les émissions carbonées du véhicule grâce au signal GPS et une base de données de véhicules. L’application sert ensuite d’outil de comparaison avec les autres moyens de transport.

Néanmoins, chacune de ces solutions n’utilise qu’un nombre restreint de sources de données. L’efficacité de ces applications se voit réduite : leurs conseils sont moins pertinents.

 

LE SAVIEZ-VOUS ?

Les ALTEN Labs proposent d’aller plus loin avec le projet « Happy Drive ». Cette application agrégerait 5 sources de données différentes (voir schéma ci-dessous) pour permettre des conseils inédits et inspirés de l’hypermiling.

Schéma de principe d’une application écoconduite connectée : exemple de l’application HappyDrive de ALTEN

Schéma de principe d’une application écoconduite connectée : exemple de l’application HappyDrive de ALTEN

Dans le cas de l’écoconduite, la fusion des sources de données apporte une valeur ajoutée supérieure à la somme de toutes ces données.

Grâce à ces informations, les moyens pour coacher les conducteurs sont nombreux. Par exemple, en croisant des données topographiques et cartographiques, l’application serait en mesure de conseiller la vitesse optimale dans le cas d’une descente ou en prévision d’un carrefour. Nous pouvons imaginer qu’une application puisse garder un historique des déplacements de chacun, puis génère des conseils en fonction du conducteur qui a été le plus économe sur un trajet donné.

De la même manière, les applications peuvent utiliser l’effet de communauté pour démocratiser les comportements écosensibles. En effet, il serait possible de créer des classements de conducteurs en fonction de leurs émissions par exemple. Le consommateur pourrait être incité à être plus économe que les autres conducteurs mais aussi de battre son précédent record.

Finalement, ces applications pédagogiques intègrent de plus en plus de fonctions de gamification. Elles deviennent plus efficaces et complexes mais aussi plus accessibles et agréables à utiliser. Cette évolution a déjà été observée pour d’autres services (Waze par exemple). Les applications connectées pourraient être la clé la démocratisation de l’écoconduite sur le long terme.

Si vous voulez rejoindre l’un des projets ALTEN en lien avec la transition énergétique rendez-vous sur altenrecrute.fr

Share

Vous aimerez peut-être aussi